3 choses qui vont vous surprendre dans les temples de Thaïlande
jeudi 20 novembre 2025 | Voyage en train en Thaïlande | Culture thaïlandaise
La beauté des temples de Thaïlande est connue. Pourtant, leur visite peut dérouter le voyageur occidental. Trois aspects en particulier vont vous troubler. Gare au malentendu culturel !
Les temples que vous découvrirez lors de votre voyage en Thaïlande en train ont d’une grande diversité. Temples d’argent, d’or, de cristal, temples anciens ou contemporains : ils sont innombrables. À Chiang Mai, par exemple où s'arrête le nouveau train Blue Jasmine, on compte une quarantaine de temples majeurs dans la ville, et plus de 300 dans l’ensemble de la région.
Cette profusion s’explique par le rôle central que jouent les temples bouddhistes — les wats — dans la société thaïlandaise. Bien au-delà de la seule pratique religieuse, ils structurent la vie collective : éducation, rites de passage, entraide locale, cérémonies publiques. Que l’on soit en ville ou à la campagne, le temple est un repère fondamental.

Wat Sri Suphan (temple d'argent) à Chiang Mai © Discovery Trains
Les moines, eux, ne sont pas seulement des figures religieuses. Ils sont perçus comme des référents moraux. On leur demande conseil pour des décisions importantes, des conflits familiaux ou des moments de doute. Leur parole a un poids social réel, y compris auprès de personnes peu pratiquantes.
Lors de votre voyage en Thaïlande, vous ne manquerez donc pas de visiter des temples. Et au-delà de leur beauté architecturale, plusieurs aspects de leur fonctionnement et de leur atmosphère risquent de vous surprendre.
1 – Des temples bouddhistes peuplés de dieux... hindous
La Thaïlande étant un pays majoritairement bouddhiste, vous entrez dans un temple en vous attendant à y voir des statues du Bouddha. Et vous en trouvez, bien sûr. Souvent en grand nombre. Mais pas uniquement.
Vous découvrirez aussi des divinités et des figures spirituelles qui, à première vue, ne semblent pas relever du bouddhisme.

Le temple Wat Prathat Doi Suthep près de Chiang Mai abrite une relique sacrée (un os de Bouddha). Pourtant une statue de Ganesh divinité indoue se trouve tout près de son entrée © Discovery Trains
Les plus intrigantes pour un regard occidental sont les divinités hindous, et en particulier le dieu Ganesh. Facilement reconnaissable à sa tête d’éléphant, cette divinité indienne est très fréquemment présente dans les temples bouddhistes thaïlandais.
Pour comprendre cette cohabitation, il faut remonter dans l’histoire. Avant l’implantation du bouddhisme theravāda, l’Asie du Sud-Est a été profondément marquée par des royaumes indianisés, à travers le commerce, la diplomatie et les échanges culturels. Lorsque le bouddhisme s’est imposé, ces croyances antérieures n’ont pas été effacées : elles ont été intégrées.

Devant le temple Sri Suphan, la statue de Ganesh trone en magesté sous son chatra d'argent, en compagnie de son rat Musika © Discovery Trains
Aujourd’hui encore, les divinités hindoues sont invoquées pour des fonctions très précises, complémentaires de la pratique bouddhiste. Ganesh est associé à la réussite, aux arts, aux études et aux nouveaux projets. Brahma incarne la protection, l’équilibre et la stabilité. Il ne s’agit pas d’une quête d’éveil spirituel, mais d’un recours pragmatique à des figures censées aider dans la vie quotidienne.
Ainsi, ne soyez pas surpris de voir, dans un temple bouddhiste, un étudiant allumer un bâtonnet d’encens devant une statue de Ganesh. Il ne cherche pas l’illumination. Il espère simplement réussir son examen.
2 – Dans les temples bouddhistes, on parle d’argent !
L’argent et la religion font-ils bon ménage ? En Occident, on n’aime pas mélanger les deux, du moins pas de manière trop visible. Le mérite, en théorie, ne se mesure pas à l’argent que l’on donne. Et que l’on glisse une petite pièce à la quête ou que l’on soutienne largement une cause religieuse, on préfère généralement que cela reste discret.
En Thaïlande, le contraste est saisissant. Les dons y sont très fortement sollicités. Des urnes de toutes sortes — parfois de simples boîtes, parfois de véritables coffres-forts — sont disséminées à plusieurs endroits du temple afin d’inciter les fidèles à contribuer aux besoins du culte

Profusion de coffre-forts à Viharn Kaew © Discovery Trains
Un exemple permet de mieux comprendre cette pratique. Les Thaïlandais associent une représentation du Bouddha à chaque jour de la semaine. Les sept Bouddhas correspondants, chacun dans une posture différente, sont généralement regroupés dans une partie du temple. Si vous êtes né un mardi, vous viendrez prier devant le Bouddha du mardi, représenté allongé. Et vous remarquerez presque toujours une urne placée devant lui. Vous pouvez y glisser une pièce ou un billet, en accompagnement de votre prière, comme pour en renforcer l’intention.

Au temple Phra That Doi Suthep près de Chiang Mai, une croyante est en prière devant le Bouddha de son jour de naissance. Elle pourra laisser un peu de monnaie dans le bol en argent associé. © Discovery Trains
Plus surprenant encore pour un regard occidental : les montants offerts par les donateurs les plus généreux sont parfois mis en valeur au sein du temple. Certaines statues portent le nom de la personne ou de la famille qui les a financées. Des pancartes indiquent des noms et des sommes, en monnaie locale, parfois même en dollars. On peut aussi voir des guirlandes de billets exposées, accompagnées des vœux formulés par les fidèles.

Au temple Phra That Doi Suthep de nombreuses plaques donnent les noms des donateurs, les dates et les montants qu'ils ont versé au temple © Discovery Trains
Pour comprendre ce fait déroutant, il faut accepter de suspendre un instant le regard occidental, qui associe souvent l’argent à une forme de culpabilité lorsqu’il entre dans la sphère religieuse. En Thaïlande, cette association n’existe pas. L’argent donné n’est ni suspect ni impur : il est, par nature, positif.

Au temple Phra That Doi Suthep près de Chiang Mai, les billets des donateurs sont exposés sur des portants © Discovery Trains
Un don est perçu comme une circulation bénéfique. Il contribue directement à l’entretien du temple, à la vie quotidienne des moines, à l’accueil des fidèles et aux actions de solidarité locale. Il bénéficie donc à l’ensemble de la communauté. Le rendre visible n’est pas une faute morale, mais une manière d’en reconnaître l’utilité et la portée.
Mettre en valeur un don n’a pas pour objectif de glorifier le donateur, mais de souligner l’acte lui-même. Le nom inscrit sur une statue ou sur une plaque rappelle que le temple est une œuvre collective, soutenue par ses fidèles. Cette reconnaissance publique encourage la générosité et crée un modèle à suivre, là où, en Occident, la discrétion est souvent érigée en vertu.
3 – Le patrimoine historique n’est pas sâcré
Coller du carrelage scintillant dans un lieu sacré et ancien est, en Europe, presque inimaginable. Quasi sacrilège. Dans l’imaginaire occidental, le fait religieux et le respect du patrimoine historique sont intimement liés, au point que cette association nous paraît évidente. Pourtant, elle ne l’est pas du tout à l’échelle du monde.
À y regarder de plus près, cela n’a rien d’évident. A priori, un temple est fait pour prier et pratiquer sa foi, non pour préserver l’histoire ou l’architecture. Et de fait, la connexion rigide entre le sacré et la préservation patrimoniale n’a rien d’universel. La Thaïlande vous le rappelle à chaque instant.
Il est ainsi courant de voir des bâtiments anciens restaurés avec des matériaux modernes, ou des constructions contemporaines s’élever à côté de structures anciennes, sans que cela ne pose problème. Ce qui importe, ce n’est pas l’authenticité historique au sens occidental, mais la vitalité du lieu, l’intensité de la pratique et la ferveur des fidèles.

Miroirs scintillants du Wat Tha Sung a Uthail Thani © Discovery Trains
Pour un visiteur occidental, cela peut être déroutant, voire inconfortable. Voir des bouddhas de pacotille côtoyer des œuvres anciennes. Découvrir des salles de prière recouvertes de miroirs, d’inox ou de mosaïques modernes brillantes est dérangeant… Tout cela peut donner l’impression d’un manque de respect envers le passé.
Le cas le plus spectaculaire est sans doute celui du temple d’argent, Wat Sri Suphan, à Chiang Mai. L’édifice ancien qui s’y trouvait ayant été endommagé, il a été reconstruit au XXᵉ siècle et entièrement recouvert d’argent martelé par des artisans locaux. Vu de loin, l’ensemble est impressionnant.
En s’approchant, on découvre une profusion de motifs : scènes de la vie du Bouddha, figures spirituelles, symboles astrologiques, éléments du monde contemporain, représentations de villes étrangères…
Mais soudain, votre œil tombe sur un dessin gravé dans l’argent qui ressemble fortement… aux Avengers de Marvel. Et en fait, ce sont bien des Avengers ! L’artiste local a choisi de représenter Hulk, Iron Man, Captain America ou Spider-Man. Pour un observateur occidental, c’est un choc. Et la question surgit : est-ce que ce temple est sérieux ? Est-ce que cette religion est sérieuse ? Ou me fait-on perdre mon temps dans un mini-Disneyland en toc ?


Parmi les figure en argent repoussé du temple Sri Suphan se cachent Avengers de Marvel © Discovery Trains
Il s’agit à nouveau d’un malentendu culturel.
Dans la tradition thaïlandaise, le temple n’est pas un objet figé dans le temps. Il absorbe le monde tel qu’il est, y compris ses figures contemporaines.
Les Avengers apparaissent aux côtés de monuments et de villes du monde entier, comme une évocation explicite de l’Occident contemporain. Dans cette frise d’argent, Paris côtoie Moscou, les capitales côtoient les mythes, et la culture populaire occidentale devient un simple élément du paysage mondial. Le temple ne hiérarchise pas : il enregistre.
Là où l’Occident sacralise le passé et sépare nettement religion, culture populaire et patrimoine, la Thaïlande privilégie la continuité de la pratique et l’appropriation du présent. Ce qui peut sembler irrévérencieux ne l’est pas. C’est simplement une autre manière de faire vivre le sacré.
Article rédigé par Laure Jacquet,
Directrice de Discovery Trains, l'agence de voyage spécialiste du voyage en train