"J’ai dormi dans une rorbu aux Îles Lofoten"
mercredi 22 avril 2026 | Voyage en train en Norvege | Hébergement insolite
En mission sur les Îles Lofoten, Yulia notre directrice de production a passé une nuit dans une de ces jolies maisons rouges, typiques de Norvège du Nord. Elle a adoré.
Si vous pensez à la Norvège, vous penserez à elles. Les rorbuer (pluriel de rorbu) sont ces jolies petites maisons rouges qu’on retrouve sur les cartes postales de Norvège. Ces cabanes de pêcheurs sont devenues un des symboles du pays. Et on les retrouve dans certains circuits scandinaves de Discovery Trains. En direct des Îles Lofoten, Yulia Santalova raconte.

Yulia aux Îles Lofoten, devant le Reinefjorden © Discovery Trains
Qu’est-ce qu’une rorbu ?
Une rorbu est une petite maison construite au bord de l’eau, qu’on trouve en Norvège, notamment dans les villages des Îles Lofoten. À l’origine, elles servaient de logement temporaire pour héberger les pêcheurs venant de loin pour la grande saison de pêche à la morue. Une maisonnette pouvait héberger tout un équipage pendant plusieurs semaines. Aujourd’hui, de nombreuses rorbuer ont été rénovées pour accueillir des touristes. On en voit partout sur l’archipel.

Rorbuer dans le port de Henningsvær, îles Lofoten © Discovery Trains
Quand se déroulait cette saison de la pêche ?
Historiquement, entre janvier et avril chaque année, c’était un événement majeur. Des milliers d’hommes quittaient leur village pour rejoindre les Lofoten. À la fin du XIXᵉ siècle, on pouvait compter jusqu’à 30 000 à 40 000 pêcheurs dans l’archipel pendant cette période, alors que la population permanente était beaucoup plus faible.
Est-ce un hébergement vraiment authentique ?
Oui, c’est authentique. La plupart de ces maisons appartiennent encore à des familles locales. Elles ont le droit de les louer et de les aménager, notamment en installant des sanitaires, car à l’origine les toilettes des rorbu étaient souvent à l’extérieur. Mais ces cabanes sont protégées par la réglementation. On doit préserver leur apparence traditionnelle. Pour la moindre modification, comme le changement d’une serrure, on doit obtenir une autorisation. La décoration est simple, le sol est en planches brutes, et les placards, par exemple, sont dotés de petits loquets en bois très basiques…

Intérieur simple d'une rorbu, îles Lofoten © Discovery Trains
Est-ce que certaines rorbuer sont encore occupées par des pêcheurs ?
Non, aujourd’hui, les pêcheurs ne vivent plus dans les rorbuer. Ce mode de vie a progressivement disparu au cours du XXᵉ siècle, surtout à partir des années 1950 à 1970, avec l’amélioration des logements permanents dans les villages et l’évolution des conditions de travail.
En revanche, ces cabanes conservées permettent de comprendre très concrètement comment vivaient les marins. Sous les combles, on trouve souvent les anciens espaces de couchage, là où étaient installées les paillasses des équipages.

Sous les combles, des chambres aménagées pour les marins © Discovery Trains
La configuration des lieux est restée très lisible : une petite maisonnette en bois, directement tournée vers l’eau et souvent même avec une petite terrasse sur pilotis, pour permettre un accès rapide au bateau. Et d’ailleurs, à proximité des rorbu, on voit encore très souvent de grands séchoirs à poissons. Ils rappellent que ces villages restent aujourd’hui encore étroitement liés à la pêche.

Séchoirs à poissons, îles Lofoten © Discovery Trains
La particularité de ces cabanes, c’est surtout leur couleur rouge
La plupart des rorbuer sont rouges, et cela s’explique historiquement et techniquement. Pendant longtemps, la peinture rouge était la moins chère, car elle était fabriquée à partir d’oxydes de fer, une matière proche de la rouille, issue de résidus miniers. Dès le XVIIe siècle, cette peinture bon marché a été utilisée dans les villages de pêcheurs pour protéger le bois contre l’humidité et le climat marin.
En norvégien, on appelle cette couleur falurødt, qui veut dire « le rouge de Falun ». Et je me souviens, lors d’un voyage en train en Suède, d’avoir visité la mine de cuivre de Falun, où on fabrique encore ce pigment selon une méthode ancienne.

Rouge de Falun sur la façade d'une rorbu, ÎlesLofoten © Discovery Trains
Il y a des rorbuer d’autres couleurs ?
On trouve aussi des maisons blanches, jaunes ou ocres. Historiquement, la peinture blanche était plus chère. Elle était plus présente dans les villages aisés. Ainsi, dans la ville de Stavanger, capitale norvégienne du pétrole, on trouve un quartier entier de maisons blanches anciennes, construit à une époque où l’activité commerciale et maritime apportait davantage de prospérité.

Village d’Å, ÎlesLofoten, Norvège © Discovery Trains
On voit parfois des rorbuer avec de l’herbe sur le toit
Oui, c’est une autre particularité de ces maisons traditionnelles. Certaines ont de l’herbe sur le toit. À l’origine, ce type de toiture était très répandu dans toute la Norvège. Ce système s’appelle un toit en tourbe. On utilisait d’abord des planches de bois, puis une couche d’écorce de bouleau pour assurer l’étanchéité, et enfin une couche de terre, généralement d’environ 20 à 30 centimètres. L’herbe poussait naturellement dans cette terre, sans qu’on ait besoin de la planter. Aujourd’hui, l’association du rouge des façades et de l’herbe sur le toit est devenue très typique du paysage norvégien et particulièrement photogénique. C’est intéressant de comprendre que ce qui nous paraît aujourd’hui esthétique est d’abord né de solutions pragmatiques, adaptées à un environnement rude.
Quel est ton sentiment sur ces hébergements aujourd’hui ?
J’ai adoré. Avant de loger moi-même dans une rorbu, j’hésitais à les mettre dans mes programmes de voyages en train en Norvège. Pour une « cabane », que j’imaginais moyennement confortable, je trouvais le rapport qualité-prix un peu dur par rapport à un hébergement standard. Aujourd’hui je les inclus sans hésiter, par exemple dans notre circuit Soleil de minuit et train arctique, qui fait étape aux Lofoten.
Loger dans une rorbu est une expérience. Je dirais presque que c'est une façon complémentaire de ressentir les îles Lofoten. Pendant la journée, lors des excursions, on découvre la puissance des paysages, la nature, la lumière. Le soir, à l’intérieur, on se retrouve dans un logement simple et authentique, et l’on imagine facilement le quotidien des marins qui vivaient ici. Cela apporte une dimension supplémentaire au voyage.

ÎlesLofoten © Discovery Trains