Gérone et ses légendes : six histoires extraordinaires à découvrir dans la ville
dimanche 18 octobre 2026 | Voyage en train en Espagne | Traditions
Mouches vengeresses, sorcière pétrifiée, lionne porte-bonheur, crocodile ailé… Voici six histoires à découvrir en parcourant les rues de cette magnifique ville de Catalogne.
Gérone est un incontournable de votre voyage en train en Catalogne, voire de votre voyage en train en Espagne. Lors de sa visite, sachez reconnaitre l'évocation de ses ses légendes.
1. Les mouches de saint Narcisse : elles mirent une armée en déroute
En 1285, Gérone est assiégée par les troupes du roi de France Philippe III le Hardi. Les soldats français pénètrent dans l'église Sant Feliu et profanent le tombeau de saint Narcisse, évêque et patron de la ville.
Mal leur en prend !
Du tombeau surgit une nuée de grosses mouches venimeuses qui se jettent sur les soldats et leurs chevaux. Leurs piqûres provoquent des maladies terribles, semant la panique dans les rangs français. L'armée doit battre en retraite. Le roi Philippe III lui-même meurt peu après.

Dans la chapelle de saint Narcisse de la cathédrale de Gérone, une peinture représente le miracle des mouches © Discovery Trains
Où retrouver les mouches de saint Narcisse ?
Dans la vieille ville, ne manquez pas la Carrer de les Mosques, la rue des Mouches, où saint Narcisse aurait habité. Une mouche géante vous accueille à l'entrée de la ruelle. Vous y découvrirez également une plaque célébrant les insectes qui sauvèrent la cité.

La rue des mouches à Gérone © Discovery Trains
Salvador Dalí, que vous retrouverez lors de votre escapade à Figueres, s'est passionné pour ce saint et à ses mouches miraculeuses. Il faut dire que cette histoire surréaliste avait tout pour séduire le maître. Au dessous de la plaque qui indique le nom de la rue, vous retrouver la reproduction d'une des oeuvres qu'il a dédié à Saint Narcisse.
2. Le cul de la lionne : un baiser pour revenir à Gérone
À quelques pas de la basilique Sant Feliu, une petite lionne semble grimper le long d'une colonne. Elle a l'air presque apeurée, la queue repliée, comme intimidée par tous les regards qui se portent sur son arrière-train.

Car à Gérone, ce n'est pas la tête de la lionne que l'on embrasse !
Une vieille tradition affirme que celui qui embrasse son derrière est assuré de revenir un jour dans la ville. Les habitants ont même leur dicton : « Qui no fa un petó al cul de la lleona, no és un bon ciutadà de Girona. » Autrement dit, qui n'embrasse pas le cul de la lionne n'est pas un bon citoyen de Gérone.
Pendant des générations, les visiteurs ont donc grimpé les marches installées au pied de la colonne pour accomplir ce drôle de rituel.
Aujourd'hui, mieux vaut se contenter de la regarder !
Depuis la pandémie de Covid, un petit panneau jaune assez drôle rappelle aux candidats à l'escalade qu'embrasser le même endroit que des centaines de visiteurs avant vous ne va pas forcément vous porter bonheur.

3. La sorcière de la cathédrale : cracheuse d'eau pour l'éternité
Il était une fois une femme qui détestait les manifestations religieuses. Chaque fois qu'une procession passait devant elle, elle lançait des insultes et jetait des pierres aux fidèles.
Un jour de Fête-Dieu, alors qu'elle recommençait ses attaques, une voix divine retentit et prononça sa sentence : puisqu'elle aimait tant jeter des pierres, elle serait elle-même changée en pierre !
Aussitôt, la sorcière fut pétrifiée.

On la plaça sur la cathédrale de Gérone, transformée en gargouille. Désormais, au lieu de proférer des insultes, elle serait condamnée à cracher l'eau de pluie. Et pour compléter sa punition, son visage serait tourné vers le sol : jamais plus elle ne pourrait contempler le ciel.
Où voir la gargouille de la sorcière ?
Le meilleur endroit pour la contempler est celui des Jardins de la Francesa, derrière la cathédrale. Ces petits jardins offrent une superbe vue sur la tour de Charlemagne, à l'angle de laquelle se trouve la fameuse gargouille.
Mais ouvrez également l'œil dans les jardins : une autre sorcière vous y attend ! Il s'agit d'une sculpture contemporaine intitulée El crit de la bruixa (« Le cri de la sorcière »), réalisée par Pia Crozet en 2005 et inspirée de la gargouille médiévale.

4. Charlemagne : le sauveur de Gérone qui n'y mit jamais les pieds
Selon la légende, Charlemagne aurait assiégé Gérone pour la reprendre aux musulmans. Alors que la bataille semblait incertaine, un miracle se serait produit : des gouttes de sang seraient tombées du ciel, tandis qu'une immense croix lumineuse apparaissait au-dessus de la ville.
Terrifiés par ces signes divins, les défenseurs auraient pris la fuite, abandonnant Gérone au souverain franc.
Petit problème : si la ville est bien passée sous l'autorité des francs en 785, rien ne prouve que Charlemagne soit jamais venu à Gérone !

Un empereur devenu saint… ou presque
Cela n'empêcha pas les habitants de Gérone de lui vouer une telle admiration qu'un véritable culte se développa autour de sa personne.
Au XIVe siècle, le sculpteur Jaume Cascalls réalisa une splendide statue de Charlemagne en albâtre polychrome. Elle fut installée dans la chapelle des Quatre Saints Martyrs, où l'empereur fut vénéré pendant plusieurs siècles.

Mais Charlemagne n'avait jamais été officiellement canonisé par l'Église universelle. Son culte local finit par disparaître, et la statue rejoignit le trésor de la cathédrale, où vous pouvez aujourd'hui l'admirer.
Une tour de la cathédrale porte, vestigne de l'ancien édifice roman, porte également le nom de Charlemagne.
5. Le Tarlà : le saltimbanque qui faisait rire pendant la peste
Il y a bien longtemps, une épidémie de peste frappa la rue de l'Argenteria, l'une des rues commerçantes de Gérone.
Pour empêcher la maladie de se propager, on ferma les deux extrémités de la rue. Les habitants se retrouvèrent enfermés chez eux, inquiets et désœuvrés.
C'est alors qu'un homme, surnommé le Tarlà, eut une idée : pour distraire les voisins et surtout les enfants, il se mit à multiplier les acrobaties et les pirouettes.

À force de faire rire tout le quartier, il devint un personnage populaire, puis une figure emblématique de Gérone.
Aujourd'hui encore, chaque printemps, un pantin vêtu comme un saltimbanque est suspendu entre deux balcons de la rue de l'Argenteria. Monté sur une barre horizontale, il tourne sur lui-même et semble exécuter les cabrioles de son lointain modèle.
Une autre légende attribue même son invention au Tarlà. Surpris chez la fille d'un pâtissier dont il était amoureux, notre acrobate se serait caché dans un sac de farine. Un éternuement malencontreux l'aurait trahi : « Xui-xui ! » Pour apaiser le père furieux, il lui aurait offert la recette d'un gâteau qui aurait gardé le nom de cet éternuement, le xuixo (un mot catalan qui se prononce "chuicho", proche de "chouchou").
Où rencontrer le Tarlà ?
Si vous venez au printemps, levez les yeux dans la rue de l'Argenteria.Le reste de l'année, rendez-vous au Musée d'Histoire de Gérone, où l'une des anciennes figurines est exposée en permanence.
Et si cette rencontre vous a ouvert l'appétit rendez-vous à la boulangerie du Tarla : , profitez-en pour goûter un xuixo, la célèbre pâtisserie locale : une pâte frite, croustillante et sucrée, généreusement garnie de crème.

6. La Cocollona : le crocodile aux ailes de papillon
Voici sans doute la plus étrange des créatures de Gérone.
Il était une fois une jeune religieuse si vertueuse qu'elle ne cessait de reprocher à ses compagnes de couvent leur mauvaise conduite. Lassées de ses remontrances, les autres religieuses décidèrent de l'enfermer dans un cachot.
La malheureuse y resta si longtemps que sa peau se couvrit d'écailles et que son corps se transforma peu à peu en celui d'un crocodile.
Mais sa grande bonté ne fut pas oubliée. Pour récompenser sa pureté, deux magnifiques ailes de papillon lui poussèrent dans le dos.
Ainsi naquit la Cocollona, mi-crocodil ("cocodril" en catalan), mi-papillon ("papallona").
La légende raconte qu'elle hante depuis les eaux de l'Onyar, la rivière qui traverse Gérone. Certains soirs de pleine lune, les personnes au cœur pur pourraient même l'apercevoir nageant entre les ponts.
Où retrouver la Cocollona ?
Contrairement aux autres légendes de Gérone, celle-ci est récente : elle a été imaginée au XXe siècle. Mais la Cocollona est devenue si populaire qu'elle fait désormais partie des symboles de la ville.
On peut notamment la découvrir sur une fresque de la rue Bonastruc de Porta.
Et elle a trouvé une seconde vie assez inattendue : la Cocollona est devenue la mascotte du club de basket de Gérone ! Au pavillon de Fontajau, elle encourage désormais les joueurs et amuse les spectateurs.