Comprenez-vous le catalan ?
mardi 20 octobre 2026 |
Inscriptions en catalan, drapeaux aux balcons, rubans jaunes, mystérieux « 1714 » : en Catalogne l’identité s’affiche dans la rue. Décryptage de signes que vous croiserez dans les « països catalans »
Lors d’un voyage en train en Catalogne, à Gérone, Figueres, Vielha et Lleida, vous ne pourrez pas les manquer : les symboles de l’identité catalane. En voici une petite sélection.
Deux drapeaux, deux messages
On voit beaucoup de drapeaux catalans en Catalogne. Aux frontons des bâtiments officiels, mais également pendus aux balcons. Vous remarquez vite que ce ne sont pas tous les mêmes. Tous sont rouges et jaunes. Mais avec parfois des nuances.

Drapeau officiel catalan © Discovery Trains
Le drapeau jaune à quatre bandes rouges, c’est la senyera, le drapeau officiel de la Catalogne. Ses quatre bandes sur fond jaune étaient, au Moyen Âge, l’emblème des comtes de Barcelone, devenues par la suite celui des rois d’Aragon. La légende explique que Guifré el Pilós (Guifred le Velu), comte de Barcelone considéré comme l’un des pères fondateurs de la Catalogne, aurait été blessé au combat. Pour honorer son courage, son souverain aurait tracé quatre bandes rouges sur son bouclier doré, avec des doigts trempés dans son sang.

L'estelada, drapeau indépendantiste © Discovery Trains
Mais vous apercevrez parfois ce drapeau sous une variante un peu différente : paré d’un triangle bleu avec une étoile blanche. Il change alors de nom et devient l’estelada, le drapeau des indépendantistes. Née au début du XXe siècle, il s’inspire du drapeau cubain. A noter qu'il en existe une autre variante, avec un triangle jaune et étoile rouge, associée à l’indépendantisme de gauche.
En clair résumé : la senyera représente la Catalogne, l’estelada réclame son indépendance.
Cette réclamation de l’indépendance visible dans la rue ne se limite pas aux drapeaux. Elle est parfois encore plus explicite. Ainsi, sur l’enseigne d’une taverne à Gérone, on peut littéralement lire « Lluitem per la independència » (« Nous luttons pour l’indépendance »). Ici, on affiche son menu, et ses convictions.

Nous luttons pour l'indépendance © Discovery Trains
Le catalan, une langue qu’on défend
À Gérone, près de la cathédrale, de grandes bannières jaunes couvrent les façades et interpellent les visiteurs : « Girona és una ciutat dels Països Catalans i el català és la seva llengua pròpia ». « Gérone est une ville des Pays catalans et le catalan est sa langue propre. »

Promotion de la langue catalane à Gérone © Discovery Trains
Il faut rappeler que le catalan n’est pas un dialecte de l’espagnol, mais une langue romane à part entière, avec sa grammaire et sa littérature.
Pourquoi est-il besoin de la promouvoir ? Parce qu’elle a été fort malmenée. Sous Franco notamment (1939-1975), le catalan a été exclu de l’administration et de l’école. Avec la démocratie, il est redevenu langue officielle mais il reste minoritaire dans l’usage quotidien.
D’où les campagnes. À Gérone, la ville est dirigée depuis juin 2023 par la gauche indépendantiste et une adjointe y est même dédiée à la langue. Dans les rues, les incitations à parler catalan prennent des formes différentes, comme cette affiche pour les fêtes de Sant Narcis qui porte l'aigle de Girone et demande : « Portem la llengua a fires » (« Emmenons la langue à la fête »), "La llengua és cosa de tothom. Portem-la sempre" (« La langue est l'affaire de tous. Parlons-la en toutes circonstances. »)

Emmenons la langue à la fête © Discovery Trains
Autre témoins de cette valorisation de la langue catalane : cette fresque murale repérée dans une autre rue. On y voit différents personnages, au café, au stade, chez le médecin, qui chacun prononcent un mot. Ensemble, ils forment la phrase : « Jo escullo parlar en català cada dia », « Moi, je choisis de parler catalan chaque jour ».

Je choisis de parler catalan tous les jours © Discovery Trains
La Catalogne, les Pays catalans et le Val d’Aran

Dans les pays catalans (on parle) en catalan © Discovery Trains
Mais quelle est la différence entre la Catalogne et les « pays catalans », évoqués par cet autocollant militant aperçu à Vielha ? Les Pays catalans regroupent les territoires de langue catalane : la Catalogne, mais aussi la Communauté valencienne, les Baléares, Andorre, une partie des Pyrénées-Orientales et même Alghero, en Sardaigne. Ce n’est pas un État, mais une notion culturelle et linguistique, à laquelle certains mouvements donnent une dimension politique.

Monument dédié à la langue d'Aran © Discovery Trains
Là où ça se complique encore, c’est que le catalan et le castillan ne sont pas les deux seules langues pratiquées en Catalogne. Le Val d’Aran, dans les Pyrénées, en est la preuve : bien qu’il appartienne administrativement à la Catalogne, ce territoire possède sa propre langue, l’aranais, une variété de l’occitan et non du catalan. À Vielha, non loin de l’autocollant, un monument proclame « Aran per sa lengua », « L’Aran pour sa langue ». Une identité linguistique affirmée, au sein d’une région qui défend elle-même la sienne !
Date symbolique : 1714, la défaite qu’on célèbre
« Seguim 1714 ». « Continuons 1714 » Que signifie ce grand pochoir, aperçu sur un mur de Gérone et qui fait penser à une œuvre de Banksy ?

Seguim 1714 © Discovery Trains
Pour le comprendre, commençons par un peu d’histoire espagnole : en 1700, le roi d’Espagne meurt sans héritier. Deux prétendants se disputent sa succession : Charles de Habsbourg, soutenu par les Catalans, et Philippe de Bourbon, petit-fils de Louis XIV. C’est le début d’une longue guerre.
Le 11 septembre 1714, après des mois de siège, Barcelone tombe aux mains des troupes de Philippe V, devenu roi d’Espagne. En représailles contre ses opposants, celui-ci supprime les principales institutions catalanes et impose un pouvoir centralisé.
Plus de trois siècles après, le 11 septembre, date qui rappelle la défaite des Catalans est paradoxalement devenue celle de la fête nationale de la Catalogne. On l’appelle la Diada.
Et 1714 est devenu le symbole des libertés perdues et, pour les nationalistes, du combat à reprendre.
Le ruban jaune du soutien
Vous l’apercevrez immanquablement. Sur les plaques qui indiquent le nom des rues, derrière les panneaux de signalisation, accrochés aux fils électriques. Mais que signifie ce ruban jaune (llaç groc) parfois un peu défraîchi ?

Le ruban jaune du soutien © Discovery Trains
En 2017, le gouvernement catalan, alors dirigé par les indépendantistes, organise un référendum pour demander aux habitants s’ils souhaitent se séparer de l’Espagne. Le gouvernement espagnol s’y oppose et la justice déclare le scrutin illégal. Malgré cela, le référendum a lieu le 1er octobre, dans un climat de fortes tensions, marqué par des interventions policières.
Quelques semaines plus tard, le Parlement catalan proclame l’indépendance. Madrid refuse de la reconnaître, reprend le contrôle de la région et engage des poursuites contre les dirigeants indépendantistes. Plusieurs sont emprisonnés, d’autres partent en exil.
C’est pour réclamer leur libération qu’apparaissent partout les rubans jaunes. Les principaux dirigeants emprisonnés ont été graciés en 2021, mais le symbole reste visible aujourd’hui, comme une trace de cette crise qui a profondément divisé la société catalane.

© Discovery Trains
À votre tour ? Si lors de votre voyage en train en Espagne vous apercevez d’autres signes permettant de mieux comprendre la question catalane en Espagne, n’hésitez pas à nous envoyer la photo !